IRFAN. En arabe, عرفان dit à la fois la connaissance profonde et la gratitude. Connaître ce qui nous a été légué, et en être reconnaissant : c’est tout le sens de la Fondation qui porte ce nom.
Le Maroc n’est pas seulement un territoire. Il est une mémoire — et cette mémoire est vivante. Elle tient dans les manuscrits et les archives, dans les pierres des médinas et des ksour, mais aussi dans une voix qui chante en tamazight dans une vallée de l’Atlas, dans le geste d’un maâlem, dans la manière dont on sert le thé à un hôte, dans une recette transmise de mère en fille, dans la poésie du malhoun ou les récits de la halqa de Jemaa el-Fna.
Notre Royaume est l’héritier d’une civilisation pluriséculaire et de l’une des plus anciennes monarchies encore vivantes au monde. Son unité s’est forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. Cette pluralité n’est pas une juxtaposition : c’est une seule et même histoire, que chaque génération reçoit et doit transmettre.
Depuis le dahir de 1912 sur la conservation des monuments, promulgué par le Sultan Moulay Youssef, jusqu’à l’impulsion donnée aujourd’hui par Sa Majesté le Roi Mohammed VI à la préservation du patrimoine matériel et immatériel, le Maroc n’a jamais cessé de veiller sur sa mémoire. La Fondation IRFAN s’inscrit humblement dans cette continuité. Elle ne se substitue à aucune institution : elle veut relier, compléter et contribuer.
Car il existe un patrimoine plus fragile que les monuments. Celui qui dort dans une malle familiale, dans la bibliothèque d’une zaouïa, dans la mémoire d’un ancien ou dans les mains d’un artisan. Celui-là peut disparaître en silence.
Un manuscrit peut être détruit par l’humidité.
Un savoir-faire peut s’éteindre avec le dernier maâlem capable de l’enseigner.
Un chant peut se perdre avec la dernière voix qui le connaissait.
Un rituel d’hospitalité peut se réduire, peu à peu, à un simple décor.
Préserver ne suffit pas : il faut aussi faire vivre, faire connaître, faire rayonner. C’est pourquoi la Fondation agit sur deux fronts complémentaires.
Le premier est celui de la mémoire écrite, documentaire, visuelle et sonore. Khizana, la mémoire numérique du Maroc, rassemble virtuellement manuscrits, archives, photographies, enregistrements et savoirs, partout où ils se trouvent, dans le respect absolu des familles, des institutions et des ayants droit. Numériser ne signifie pas confisquer ; préserver ne signifie pas déposséder.
Le second est celui du patrimoine vivant. Le Marrakech Coffee & Tea Festival est né de la conviction que l’art de recevoir — le thé servi au visiteur, le café partagé, les arts de la table et les métiers qui les entourent — est un patrimoine à part entière, et qu’il peut aussi devenir un lieu de rencontres et de transmission entre le Maroc, l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. D’autres rencontres, festivals et programmes suivront, car un patrimoine que l’on célèbre est un patrimoine que l’on transmet.
Photographe, j’ai appris à regarder les visages, les lieux, les gestes et les traces du temps. Journaliste et porteur de projets culturels, j’ai appris à écouter les récits et à mesurer la fragilité de ce qui n’est pas documenté. Cette expérience m’a convaincu d’une chose : nous sommes sans doute l’une des dernières générations capables de recueillir directement certains témoignages et certains savoirs, avant qu’ils ne disparaissent avec ceux qui en sont les dépositaires.
Cette tâche dépasse une personne, et même une fondation. Elle appartient à tous.
À chaque famille qui conserve un document, à chaque chercheur, à chaque institution, à chaque artisan, à chaque jeune Marocain, ici ou dans la diaspora, qui sent que cette mémoire est aussi la sienne : la Fondation IRFAN vous ouvre ses portes. Signalez un manuscrit, partagez un savoir, rejoignez nos volontaires, soutenez un projet. Chaque geste compte.
Il ne s’agit pas de regarder le passé avec nostalgie. Il s’agit de donner un avenir à notre mémoire — avec connaissance et avec gratitude. Avec عرفان.